Empreinte carbone et liberté

par | 19 octobre 2021 | Gestion des ressources, Intelligence collective | 0 commentaires

Réduire son empreinte carbone suppose des choix parfois radicaux. Est-ce compatible avec une société de la liberté individuelle ? Développons ensemble !

Temps de lecture : 9 minutes

Liberté ! Liberté ! Quelle révolution, quelle manifestation n’a pas scandé ce cri haut et fort avec la puissante conviction de défendre la valeur suprême ? Déjà, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclamait la liberté comme une revendication légitime pour chaque individu. En 2021 encore, les libertés de penser, de s’exprimer, de se déplacer et d’agir dans le cadre des lois du pays constituent le socle même du pacte démocratique. Mais depuis plusieurs décennies maintenant, des menaces interrogent la liberté individuelle et même l’ensemble du vivant tel qu’on le connaît.

Dérèglement climatique et empreinte carbone

L’humanité est confrontée aujourd’hui à un problème dont la gravité va en s’accélérant : le dérèglement climatique provoqué par les GES (gaz à effet de serre). Problème tellement inquiétant que l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) s’empare de la question en 2002 : il s’agit de compter ces GES afin de les réduire. A la suite de la publication du rapport Havard 2009, l’ADEME transfère cette compétence1 et en 2011, l’Association Bilan Carbone (ABC) prend la relève2.

On parle dorénavant de « bilan carbone » ou d’ « empreinte carbone », autrement dit on mesure les émissions de ces gaz imputables aux agissements humains, dans les différents secteurs d’activité. Le cycle de vie d’un objet est analysé : la chaîne d’approvisionnement nécessaire à sa confection, la transformation, la production, les transports, la distribution, le recyclage, le démantèlement…Bien entendu, il est complexe d’établir des bilans précis, les flux des matériaux utilisés pour créer un objet étant difficilement chiffrables, mais au-delà des inévitables approximations on connaît les domaines les plus influents sur l’effet de serre3 :

Force est donc de constater que nos activités individuelles et collectives quotidiennes mettent en danger notre survie, nous continuerons à le détailler dans cet article.

Notre liberté actuelle est-elle durable ?

Pour réduire un bilan carbone inadapté à ce que notre planète peut absorber, il faudrait décider de comportements inédits pour beaucoup d’entre nous. Avoir moins d’enfants constituerait de loin la mesure la plus efficace, d’après une étude ayant identifié les actions de réduction de l’empreinte carbone à plus fort impact pour les pays développés (Wynes and Nicholas 20174 ). Toujours selon cette étude, les trois autres actions les plus impactantes seraient :

  • ne plus posséder de voiture individuelle
  • renoncer aux voyages en avion
  • adopter un régime végétarien

Et la liberté individuelle dans tout ça ?! S’il s’agit de réduire drastiquement son empreinte carbone personnelle pour assurer un avenir à l’espèce humaine :

  • Doit-on être libre de faire le contraire ?
  • Est-il aujourd’hui acceptable de renoncer à sa liberté pour le bien commun ?
  • Jusqu’à quel point la société pourrait-elle réduire les libertés individuelles pour assurer l’avenir ?
  • Les pouvoirs politiques ont-ils seulement le pouvoir d’adopter des mesures liberticides pour limiter la casse climatique ?

Et pour complexifier le tout, la problématique est mondiale, et nécessite donc une coordination mondiale ! Par ailleurs, tandis qu’actuellement, la production et la consommation restent encouragés, au niveau individuel nous peinons à renoncer au confort acquis et à nos habitudes. Du reste, reconnaissons aussi nos besoins sociaux, qui rendent plus difficile certains changements personnels : plus de voiture, c’est une liberté moindre pour rencontrer les personnes que l’on veut rencontrer.

Illustration Benoit Bauchet

Des efforts timides, largement insuffisants 

Face à une évidence qui devient pressante, quelques mesures ont tout de même été imposées. A titre d’exemple, le « bilan GES réglementaire » est devenu obligatoire en France pour les entreprises de plus de 500 salariés, les collectivités territoriales de plus de 50.000 habitants, les établissements publics de plus de 250 agents et l’État. Et à la suite d’un « bilan GES », un tableau doit être remis en préfecture avec une synthèse des actions envisagées pour réduire ces GES. La première échéance a été fixée au 31 décembre 2012 et depuis, doit être renouvelées tous les trois ans par les acteurs concernés.

Par ailleurs, individuellement, certains tentent de modifier leur mode de vie pour alléger leur empreinte carbone : ils renoncent à la voiture, se chauffent peu ou pas, ne mangent plus de chair animale et s’habillent avec des vêtements de seconde main. Et, comme le propose avec vigueur Yannick Roudaut, il est urgent de mettre en place une « Déclaration universelle des Devoirs de l’Homme envers la Nature » pour restaurer un monde soutenable.  

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Ces initiatives ne suffisent pourtant pas à freiner l’évolution globale. En un siècle, la température de la planète a monté de 0,74° en moyenne, selon les scientifiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) poussent des cris d’alarme sur la nécessité absolue de limiter le réchauffement à 2° par rapport à la période pré industrielle si la race humaine veut survivre. Toutes les publications de ce groupe scientifique ayant probablement le plus fort consensus scientifique de notre histoire sont disponibles ici : ipcc.ch/

illustration benoit bauchet

Un dilemme quotidien

Face à ces faits, nous sommes tous devant un terrible dilemme : s’épanouir ou limiter le réchauffement climatique. En réalité, tout cela n’est pas aussi simple et nous pensons que certaines démarches peuvent satisfaire ces deux besoins. Mais la vie quotidienne nous montre que cela n’est pas facile pour de nombreuses personnes :

  • Envie de trouver un travail plein de sens : la voiture aide beaucoup
  • Besoin de décompresser de sa journée et de son environnement urbain : la voiture aide beaucoup pour aller à la rivière !
  • Envie de se mettre au jardinage : achat d’outils de mauvaise qualité fabriqués à l’autre bout du monde

Ces exemples illustrent le fait que se rapprocher de la nature ou du bien-être (bref : s’épanouir) alourdit parfois voire souvent notre empreinte carbone5.

Illustration Benoit Bauchet

Évaluer son empreinte carbone

Ainsi, pour changer les choses, il faut d’abord être honnête, et estimer au plus juste son bilan carbone. Pour vous donner une idée de votre empreinte carbone individuelle, vous pouvez vous rendre sur le site nosgestesclimat.fr ; Ainsi vous saurez mieux dans quels domaines agir pour peser moins lourd dans la balance ! 

Bonus : y a-t-il un climato scepticisme en France ?

D’aucuns pensent que le dérèglement climatique n’est pas avéré, mais ils ne sont pas majoritaires en France. Un sondage de l’IFOP plusieurs fois édité de 2011 à 20156 dit :

Les Français reconnaissent à 79% l’activité humaine comme la
cause principale du dérèglement climatique. Témoins de
catastrophes naturelles fréquentes et d’effets de saison plus
marqués, plus de 7 Français sur 10 partagent en outre le
sentiment que le dérèglement climatique représente une menace
sérieuse
pour eux ou leur mode de vie. Une proportion de la
population en progression linéaire depuis 2011, notamment chez les
moins de 35 ans, les Franciliens et les plus diplômés.

Ifop

Grossièrement ¾ des Français sont convaincus que l’humanité dégrade le climat. Cela rassure quand l’on voit par ailleurs le solide consensus scientifique porté par le GIEC7, dont les différentes parties du sixième rapport ont été publiées il y a peu. Notre position est claire à ce sujet et nous soutenons l’hypothèse d’un dérèglement climatique d’origine anthropique8. Mais il est aussi avéré que des cycles de changements climatiques existent à l’état naturel, par exemple les cycles de Milankovitch. Ces derniers décrivent des processus astronomiques ayant pour effet de modifier le climat terrestre, sur des cycles de plusieurs dizaines de milliers d’année. Vous pouvez retrouver à ce propos une vidéo très instructive sur la chaîne Youtube de Sciences étonnantes.

Ces cycles sont un exemple de pattern temporel, une influence climatique due au mouvement des astres sur une période donnée. Un paramètre change, et une cascade d’effets se produit :

  1. Mouvement elliptique de la terre par rapport au soleil
  2. Modification du climat
  3. Changement dans la disponibilité des ressources
  4. Comportement adaptatif des espèces9

De telles influences à échelles multiples sont une règle commune des écosystèmes et du vivant.

Mais que ces changements climatiques naturels soient vrais ne veut pas dire que nous ne déréglons pas le climat par nos actions ! Pour une fois, nous pouvons nous considérer plus forts que la nature, malheureusement.

  1. https://www.bilans-ges.ademe.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/index.htm?lien_base_carbone_et_bilan_car.htm []
  2. https://www.associationbilancarbone.fr/labc/ []
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_%C3%A0_effet_de_serre#Statistiques_du_GIEC []
  4. Seth Wynes and Kimberly A Nicholas 2017 Environ. Res. Lett. 12 074024 []
  5. Et nous savons que dans ces exemples mêmes, il y a diverses postures possibles pour limiter l’empreinte carbone. Mais paradoxalement, ceux qui ont le moins de moyens d’épanouissement et de choix pour limiter l’empreinte carbone de leur action sont globalement ceux qui polluent le moins []
  6. Ainsi que les annexes, https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/03/3159-1-annexe_file.pdf []
  7. Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat []
  8. Induit par les activités humaines []
  9. Dont la science est nommée Éthologie []

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