S’inspirer des motifs et cycles naturels (principe de permaculture)

S’inspirer des motifs et cycles naturels (principe de permaculture)

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#30JoursPourYPenser Numéro 26

Pensez-vous que le motif de la fleur de tournesol ou de la toile d’araignée sont les fruits du hasard? S’inspirer de ces motifs est une aide précieuse dans la conception de nos systèmes. J’aborde ici des motifs naturels, et une application concrète de chaque dans nos vies.


Qu’est-ce qu’un motif (ou pattern)?

Le mot anglais « pattern » est souvent utilisé pour désigner un modèle, une structure, un motif, un type, etc. Il s’agit souvent d’un phénomène ou d’une organisation que l’on peut observer de façon répétée lors de l’étude de certains sujets, auquel il peut conférer des propriétés caractéristiques.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pattern

Tel que nous l’avons vu dans différents articles que je vais citer à nouveau ici, les motifs et cycles1 remplissent des fonctions précises, observables, répétables. Les exemples qui vont suivre sont aussi bien temporels que matériels, certains étant un peu des deux à la fois.


Méandre

Quand la nature cherche à ralentir un flux pour maximiser les échanges et offrir plus de niches écologiques, nous voyons que les humains peuvent choisir de faire l’inverse. En effet, créer des routes droites est un choix pouvant nous faciliter l’entretien de voirie, et réduire la distance entre deux points. Néanmoins, nous verrons plus loin avec un exemple précis que ces arguments peuvent faire débat. A ce propos, je crois simplement que les lois et motifs naturels sont plus globalement intégrés que les choix de survie ou d’économie d’une espèce isolée.

Application concrète : les baissières (courbes de niveau)

buttes en courbe de niveau keyline avec des jardiniers apprenant cette méthode au jardin partagé d'Eric

Terrasser les champs et jardins selon des courbes de niveau2 favorise la répartition et le ralentissement de l’eau, permettant à la parcelle de mieux l’assimiler.


Ramification

Ultra connu, mais savons-nous quelle est la fonction du motif de ramification? En fait, ce motif est lié à la distribution de l’énergie. De manière systématique, on observe que des ramifications se créent là où il y a le moins de résistance (comme les éclair ou comme le ruissellement de l’eau). Les ramifications sont de plus en plus petites et relient la source d’énergie avec toutes les niches alimentées.

Application concrète :

Neuro-ergonomie, gestion de la connaissance, résolution de problèmes (cartes mentales, diagrammes d’Ishikawa et consort, arbres généalogiques ou événementiels, etc.

Nous allons voir que les motifs peuvent s’imbriquer à l’infini. Ainsi, nous allons relier des tas de ramification pour obtenir un réseau!


Réseau

Le réseau peut revêtir des fonctions fort différentes :

  • résistance/résilience mécanique : la charge ou le stress est réparti sur tous les points du réseau. Cela confère à la toile d’araignée ou aux os des mammifères leur étonnant rapport poids/résistance
  • sécurité et économie des flux: multiples chemins possibles permettant d’économiser (prendre le chemin le plus court), et de ne pas interrompre le flux en cas d’aléa (itinéraires bis en cas de chemin coupé).

Ces deux fonctions assurent la résilience de l’ensemble.

Application concrète : construction, transport, recherche scientifique

  • Construction : dômes, kerterre, yourtes…
  • Amélioration du trafic et des transports
  • Solidarité, économie, commerce, grâce aux réseaux de distribution

On en parle dans cet article : écoconstruction, mieux construire en s’inspirant de la nature.

A ce propos, ci-dessous l’exemple fascinant du Blob, dont une expérience a permis de montrer que cet être vivant produisait naturellement un réseau semblable au réseau ferré du japon, considéré comme l’un des plus performants du monde! Utile pour mieux comprendre le motif du réseau dans la nature :


Labyrinthe

Je présume que le cerveau a cette forme pour maximiser le stockage d’information dans un volume restreint, tout en multipliant les surfaces d’échanges. L’exemple du poumon est frappant : La surface totale destinée aux échanges est d’environ 130 m², soit la taille d’un terrain de volley. Ceci permet aux alvéoles d’assurer leur rôle, qui est de transmettre l’oxygène au sang et d’en extraire le dioxyde de carbone4

Application concrète

Avec toute précaution car je ne suis guère spécialiste des sujets qui suivent, néanmoins il s’agit d’intuition personnelle et les exemples qui suivent tendent à me conforter dans cette idée.

  • Architectures à haute économie : optimisation des flux et maximisation des échanges.
  • Industrie : Processeurs, dissipation de chaleur, etc.
Bagdad au temps de Charlemagne

Les spirales

Les spirales logarithmiques décrivent un mouvement d’expansion ou de contraction (ou concentration) énergétique, que les images suivantes aident à comprendre sans difficulté:

Application concrète

  • Horlogerie et autres assemblages mécaniques : Ressorts spiralés
  • Une idée de vélo à assistance mécanique a émergé, mais aucun résultat ne semble visible sur internet.

Quand on ajoute une dimension à ce motif, des choses encore plus intéressantes peuvent être envisagées!


Le vortex (spirale en trois dimensions)

Application(s) concrète(s)

  • Purification de l’eau (et aussi changement de sa viscosité, capacité calorifique, résistivité, etc.)5
  • Oxygénation de l’eau pour les mares (voir à ce titre une courte vidéo d’un essai dans la mare du jardin d’Eric
  • Économie d’énergie dans les patinoires (le vortex permet d’enlever l’air de l’eau, favorisant une glace plus “résistante”) et tours de refroidissement (la surface d’échange air/eau étant augmentée, l’échange calorifique est d’autant plus important)
  • Tri ou mélange de solides et liquides, par exemple des graines ou des saletés (selon le réglage de notre outillage, les objets les plus légers peuvent se retrouver côté extérieur ou côté intérieur. Voir notamment le filtre à tourbillon utilisé en aquaponie

Modèles temporels et combinés

Pattern éthologique6

Quand les Loups ont été réintroduits dans le parc national de Yellowstone aux États-Unis après avoir été absents pendant près de 70 ans, toute la chaîne alimentaire s’est adaptée en un court laps de temps. Mais comment exactement les Loups changent les rivières ? 7

Les cycles astronomiques influencent le climat

Les cycles de Milankovitch décrivent des processus astronomiques ayant pour effet de modifier le climat terrestre, sur des cycles de plusieurs dizaines de milliers d’année.

Escalier des Turcs

Il se traduit physiquement sur l’évolution des géographies, comme l’Escalier des Turques ci-contre

C’est un exemple de pattern temporel sinusoïdal, influencé par le mouvement elliptique de la terre par rapport au soleil. Ces cycles décrivent l’influence de différents patterns les uns sur les autres:

Mouvement d’une planète ➡ Climat ➡ Disponibilité des ressources ➡ éthologie dont nous avons parlé ci-dessus

Les influences à échelles multiples comme décrites ci-dessus sont une règle commune des écosystèmes.


Conclusion

Ainsi, nous avons pu voir que les motifs qui composent notre monde, tout en étant limités en nombres8, le tissent d’une manière infiniment complexe. A toute échelle et en toute dimension, avec le même motif nous passons de la fleur de tournesol, à la coquille du nautile, jusqu’à la tornade et même une galaxie. La bio-inspiration chère à toute démarche permaculturelle prend peut-être sa source dans l’observation des motifs du vivant, afin de comprendre comment est tissée l’étoffe de notre monde environnant. Concevoir nos systèmes en s’inspirant de cette bibliothèque qu’est la nature fera peut-être la différence entre des systèmes coûteux – pour ne pas dire lourds, et des systèmes harmonieux, fonctionnant avec économie et élégance, comme la nature sait le faire. Une nature élégante, discrète et appliquée. Depuis l’émergence du matérialisme, elle a su garder impeccables ses méthodes sans jamais chercher à nous cacher son intelligence intégrée. La beauté ne s’offre qu’à l’œil ouvert.

A propos de la série #30JoursPourYPenser

Pendant le confinement lié au Coronavirus : 30 jours, 30 articles, autour de la nature et de l’humain, pour comprendre et dessiner un monde durable et joyeux !

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  1. qu’on peut envisager comme des motifs temporels []
  2. une courbe de niveau ou isoplèthe d’altitude est, en cartographie, une ligne formée par les points du relief situés à la même altitude. []
  3. The Millennium Simulation Project []
  4. http://fr.wikipedia.org/wiki/Poumon []
  5. Lire le rapport de Gunter Pauli sur la technologie Vortex []
  6. L’éthologie est l’étude scientifique du comportement des espèces animales, incluant l’humain, dans leur milieu naturel ou dans un environnement expérimental, par des méthodes scientifiques d’observation et de quantification des comportements animaux. []
  7. Credits:
    “Greater Yellowstone Coalition – Wolves” (http://bit.ly/1lK4LaT)
    “Wolf Mountain” (http://bit.ly/1hgi6JE)
    “Primodial – Yellowstone” (vimeo.com/77097538)
    “Timelapse: Yellowstone National Park” (http://bit.ly/1kF5axc)
    “Yellowstone” (http://bit.ly/1bPI6DM)
    “Howling Wolves – Heulende Wölfe” (http://bit.ly/1c2Oidv)
    “Fooled by Nature: Beaver Dams” (http://bit.ly/NGgQSU)
    Music Credits:
    “Unfoldment, Revealment, Evolution, Exposition, Integration, Arson” by Chris Zabriskie (http://bit.ly/1c2uckW)
    NOTE: Cette video peut contenir du matériel copyright. Ce matériel est accessible pour des raisons éducatives seulement. Cette vidéo est un doublage en français de la vidéo “How Wolves Change Rivers” de l’organisme Sustainable Human sustainableman.org []
  8. le présent article ne prétend pas être exhaustif en ce sens []
3 classiques de la permaculture pour l’abondance au jardin

3 classiques de la permaculture pour l’abondance au jardin

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#30JoursPourYPenser Numéro 25

Couvrir et ne pas retourner le sol, ne pas détruire les mauvaises herbes; on va comprendre pourquoi cela est si important pour créer l’abondance au jardin!


Le sol : un habitat et un milieu vivant

Le sol n’est pas inerte. C’est un habitat pour beaucoup d’êtres vivants et il possède une dynamique complexe reliant :

  • Bactéries
  • Champignons
  • Insectes
  • Mammifères
  • Arbres et autres plantes
  • plus d’autres que nous ne connaitrions pas encore?

Une dynamique qui répond à des besoins

Tous les êtres habitant le sol ont des besoins différents – et donc des habitats différents. Certains insectes ou bactéries vivent avec peu d’oxygène, et vice-versa. Ainsi, le sol doit pourvoir aux besoins de chacun. Les interactions écosystémiques font que chacun co-évolue, trouvant sa place parmi les niches écologiques disponibles.

La nature a horreur du vide. C’est tout à fait valide pour le sol!


3 classiques de la permaculture pour la santé des sols

Galerie de schéma : les interactions dans le sol


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Tamiser l’argile, enrober des graines, respecter la terre.

Tamiser l’argile, enrober des graines, respecter la terre.

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#30JoursPourYPenser Numéro 24

Enrober des graines à l’argile est une technique si respectueuse qu’on ne touche plus la terre. Voyons comment tamiser l’argile, puis enrober des graines, et pourquoi cela respecte la terre.


Présentation

L’intérêt de l’enrobage de graines à l’argile a été confirmé par Masanobu Fukuoka. Ce microbiologiste spécialisé en phytopathologie, ensuite devenu agriculteur, a expérimenté et conceptualisé une forme d’agriculture naturelle reposant sur 4 piliers1 :

  • Pas de travail du sol
  • Pas de fertilisation
  • Pas de désherbage2
  • Pas de produits chimiques

Mais là n’est pas le sujet. La technique consiste à enrober d’argile – en poudre – les graines dans une bétonnière ou autre équivalent. une brumisation d’eau au fur et à mesure que l’on incorpore l’argile permet d’obtenir des boulettes que l’on peut semer à la volée.

Quelques avantages :

  • Inutile de toucher le sol (donc, pas d’outil, notamment mécanisé)
  • Limite la prédation par les oiseaux
  • Protège la graine du soleil etc.
  • la graine possède une réserve nutritive grâce à l’argile

Ainsi, la graine est protégée jusqu’à germination naturelle. en ce sens, c’est une forme d’agriculture phénologique3.

Quelques inconvénients, parce rien n’est idéal :

  • Inconfort psychologique possible : méthode radicalement différente de la culture paysanne de nos contrées (accepter que les mauvaises herbes n’en sont pas, que le pouvoir est dans les mains de la nature plutôt que du paysan, etc.)
  • Travail nécessaire de préparation des boulettes de graines (surtout si l’on prépare soi-même son argile!!)
  • Accessibilité : globalement plus simple d’avoir quelques outils pour cultiver la terre que le matériel pour enrober les graines
  • Formation : connaissance et expérience sont nécessaires pour enrober efficacement des quantités suffisantes, et ce savoir est moins disponible que les savoirs agricoles plus habituels
  • Il peut y avoir plusieurs graines par boulette4

Pour tout type de graines; plutôt adapté au grandes cultures

Cette technique s’applique à tout type de graines. Par ailleurs, il est intéressant de se poser les questions suivantes pour décider de l’intérêt d’appliquer cette technique chez nous:

  • Quel est votre ratio “temps disponible/surface cultivée”?
  • Y a-t-il des parcelles dans lesquels vous choisissez d’avoir une forte diversité cultivée?
  • Quelles seraient vos motivations en lien avec cette méthode?
  • Quelles sont les graines à faire pousser?

Voici mon avis sur ces questions : Si vous avez peu de place mais beaucoup de temps, il peut être plus pertinent de soigner intensément vos parcelles, en choisissant l’emplacement des légumes, en contrôlant l’enherbement de manière plus stricte, etc. Par ailleurs la méthode d’enrobage demande un temps d’apprentissage non négligeable, la productivité au début est donc faible (je pense qu’une semaine à temps complet est censé pour obtenir le matériel et pour se sentir confiant dans la démarche); si vous avez 100m² de potager, dans le même temps vous aurez fait toutes vos plantations pour l’année! Moins pertinent donc. Si néanmoins comme moi vous disposez de quelques îlots semi-cultivés à forte diversité, cela pourrait valoir le coup, notamment si vous mutualisez le travail et le matériel en association avec d’autres personnes! Par ailleurs, certaines graines sont grosses, résistantes, faciles à semer (fève par exemple); le temps de réfléchir à cette méthode que votre jardin est déjà semé!

En conclusion : tout compte fait, et une fois que l’on a cumulé assez d’expérience pour réduire nos coûts de production, l’usage de graines enrobées en grandes cultures, couplée à une démarche d’observation rigoureuse, peut être une solution tout aussi productive que les pratiques agricoles plus conventionnelles, à horizon 5 – 10 ans, pour devenir au final nettement plus efficiente et écologique à long terme. Pour des petits jardins et selon votre temps disponible, cette technique pourrait ne pas être très rentable.


En pratique

Enrobeuse et graines enrobées

une enrobeuse de graines manuelle auto-construite

Lors d’un atelier d’enrobage de graines à l’argile nous avons pu, grâce à une enrobeuse manuelle faite maison et à de l’argile que nous avons récolté puis tamisé, enrober des graines de phacélie et de trèfle blanc.

Et voilà

Trèfle blanc nain enrobé d’argile, comme des billes..

Technique d’enrobage en détail

Ci-dessous, l’album photo expliquant le processus, dans l’ordre!

Retour d’expérience

Sincèrement, nous avons trop peu de recul pour attester de l’efficacité de cette technique. Par ailleurs nos expérimentations se sont limitées à des jardins, quand la méthode semble plutôt efficace pour couvrir des étendues agricoles tels des champs.

Cependant je peux dire qu’il a été enrichissant de pratiquer la méthode de A à Z5. De toute façon, cette technique intégrée à une démarche holistique me semble une voie sérieuse pour améliorer l’efficacité écologique de l’agriculture. Encore une fois, Fukuoka a œuvré à le prouver.

Conseils

  1. Avant de commencer, posez vous les questions proposées plus haut dans l’article
  2. Anticipez vos semis, c’est le plus dur de la méthode! Comptez le temps de germination, le temps nécessaire avant la fin de la culture précédente, et gardez en tête la pluviométrie chez vous. Exemple : Je veux semer des carottes à travers un engrais vert de moutarde qui commence à peine à fleurir, et je vis dans le sud (3 semaines de germination, pratiquement 2 mois avant destruction de la moutarde, et peu de pluies). Je vais jeter mes graines de carottes enrobées environ 2 à 2,5 mois avant destruction de la moutarde, pour qu’il aie plu suffisamment, et que les graines de carotte aient commencé à sortir. En fauchant la moutarde, je devrais avoir des carottes d’environ 5 cm qui seront en place pour profiter du soleil!6

Ressources complémentaires

Recette, matériel, méthode : Seed Ball Story, la vidéo tout-en-un

La vidéo ci-dessous (en anglais), me parait une source d’information sérieuse et complète au sujet de l’enrobage de graines. Selon cette source, il est possible d’ajouter du compost, pour aider les plantes qui pousseront sur sol pauvre en humus, ainsi que du piment en poudre afin de repousser certains prédateurs.

Nous suggérons la recette suivante :

  • 1 part de graines
  • 3 parts de compost (idéalement fait-maison et frais, il est plus vivant)
  • 5 parts d’argile en poudre
  • quelques cuillerées à café de piment en poudre7

Aux origines : Masanobu Fukuoka et ses stagiaires enrobant des graines

Le matériel

Enrobeuse électrique ou thermique fait maison “Von Bachmayr drum”

D’autres possibilités pour faire fonctionner une enrobeuse de graines, par exemple celle-ci.

Mini-enrobeuse manuelle plus simple à fabriquer

Divers


A propos de la série #30JoursPourYPenser

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  1. Son travail sur l’agriculture du non-agir, aussi bien techniquement que philosophiquement voire spirituellement, mérite à mon sens le coup d’œil, et je vous invite à lire ses ouvrages dont la poésie raisonne du japon à nos terres françaises []
  2. j’ajouterais contrôler plutôt qu‘éliminer []
  3. La phénologie est l’étude de l’apparition d’événements périodiques (annuels le plus souvent) dans le monde vivant, déterminée par les variations saisonnières du climat []
  4. l’expérience des sources ayant servi le présent article montre qu’on peut arriver à n’avoir qu’une graine par boulette, et je le crois aussi, l’ayant déjà un peu réussi []
  5. la “récolte” de l’argile est un savoir utile, et à la croisée de nombreuses connaissances en permaculture, tel la compréhension de la dynamique du sol []
  6. Attention, mon exemple est très approximatif; c’est pour ça que plus haut, j’indique qu’une démarche rigoureuse d’observation est essentielle pour l’efficacité de la démarche; au final c’est un changement complet de paradigme agricole que nous avons devant les yeux. []
  7. Selon l’auteur de la vidéo ci-dessus, le piment en poudre repoussera les fourmis et autres insectes cueilleurs de graines, les fourmis étant encore capable de porter la graine une fois enrobée! []
Écoconstruction : mieux construire en s’inspirant de la nature

Écoconstruction : mieux construire en s’inspirant de la nature

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#30JoursPourYPenser Numéro 23

Faut-il construire des maisons rondes ou carrés? Peut-on encore inventer des matériaux ? Voici des pistes d’écoconstruction inspirées par la nature.


Chaque forme dans la nature a une fonction précise. En permaculture, nous gardons cette notion de motifs – ou ” patterns ” à l’esprit. En s’inspirant des fonctions de ces formes, nous pouvons concevoir des solutions plus efficaces, notamment dans le domaine de la construction.

Ici, nous allons effleurer deux sujets :

  • méthodes de construction
  • matériaux écologiques

La forme : Construire rond ou construire carré? (Kerterre et dômes géodésiques)

Les Kerterres sont des dômes sculptés à la main, avec un mélange chaux/chanvre. Les dômes géodésiques, eux, sont des assemblages de morceaux identiques de bois, métal, et verre1.

Les points très intéressant que je retiens de ces constructions (comparativement à une construction carré) sont :

  • résistance mécanique et au vent : le vent “glisse” autours de la sphère, au contraire d’un mur plat; la charge est équitablement répartie sur chaque point de la sphère (forme auto-porteuse)
  • coût de charpente/toiture/fondation plus bas : déjà parce que la forme elle-même apporte une meilleure résistance, mais aussi parce que pour la kerterre, charpente/toiture/isolation forment un seul et même ensemble2
  • dans le cas de la serre : meilleure répartition de l’énergie solaire reçue sur une journée (bioclimatisme) ➡ évite les surchauffes de milieu de journée.

Détail d’assemblage possible d’un dôme géodésique3

Tout ça ne veut pas dire que ces formes constructives sont dénuées d’inconvénients, et je laisse le lecteur explorer l’idée4. Par ailleurs, ces constructions ne sont pas forcément plus simples à construire, ce serait simpliste de le dire.

Néanmoins, il me parait plausible qu’excepté l’apprentissage technique, ces constructions sont plus rapides et moins coûteuses à réaliser qu’une construction classique, pour une durabilité au moins identique.


Matériaux naturels d’hier et de demain

Ici je vais parler de matériaux composites. En effet, mélanger deux matériaux aux propriétés différentes est une technique de longue date5 ayant permis aux humains de bâtir des abris aux propriétés mécaniques ou isolantes satisfaisantes pour l’époque. Personne dans l’histoire n’a attendu l’avènement du pétrole pour éviter de mourir de froid!

Bref, je vais vous présenter quelques matériaux/techniques en partant du plus traditionnel au plus moderne

Traditionnel : Le torchis

des bénévoles de coopere 34 remplissent le mur

Cette technique consiste à mélanger de la terre6 à de la fibre végétale (et parfois des adjuvants comme de la chaux ou de bouse de vache, pour améliorer certaines caractéristiques). Nous avons utilisé cette technique pour la serre du jardin d’Eric.

Note : une personne de confiance très au fait de la construction du bâti ancien m’a rapporté certaines choses qu’il est essentiel de garder à l’esprit pour une construction torchis, et que nous n’avons pas respecté dans notre expérimentation.

Le torchis avec une armature métallique! pas très écolo à mon sens. De plus l’armature par temps chaud dilate et par temps froid contracte, elle fait donc craqueler le torchis…C’est pourquoi il est préférable de respecter certaines règles de la construction du bâti ancien, à savoir la réalisation d’une ossature en bois, un soubassement en pierre qui évite les remontées capillaires et une avancée de toiture pour protéger les façades exposées à la pluie. Je reste à ta disposition pour échanger!

J’y trouve les avantages/inconvénients suivants, entre autre :

  • (+) matériaux naturel, accessible localement et sans industrie (pour faire plus écologique, je ne vois rien d’autre que ne pas construire de maison!)
  • (+) facilité de mise en œuvre, savoir accessible au plus grand nombre pour créer une autonomie des savoirs
  • (+) caractéristiques d’isolation relativement intéressantes, au regard de la simplicité de mise en œuvre
  • (+) esthétique d’une maison conventionnel si on le souhaite
  • (-) très coûteux en main d’œuvre
  • (-) difficile (impossible?) de trouver des artisans à coût égal à des techniques plus conventionnelles

Ainsi, de nombreux chantiers participatifs sont proposés pour minorer les inconvénients et profiter encore plus des avantages.

Moderne : Le liant-papier

Abordons un matériau plus récent, mais néanmoins assez conventionnel à utiliser : le liant-papier.

Imaginez un parpaing constitué de 60% de papier, et vous avez compris le principe du liant-papier. Pour en obtenir 100 kg, comptez 60 kg de papier recyclé, 30 kg de chaux hydraulique et 10 litres d’eau7.

Ces avantages et inconvénients sont (entre autres) :

  • (+) plus écologique qu’un parpaing classique
  • (+) plus isolant
  • (+) plus léger
  • (+) possible de fabriquer soi-même moyennant temps et outillage (bétonnière ou mélangeur)
  • (-) caractéristiques mécaniques moindres – par rapport au parpaing classique ou à la brique
  • (-) risques vis-à-vis des assurances : Il n’existe pas de référence technique ou d’instruction issues des organismes de contrôle ou d’identification dans les documents unifiés

Vous auriez au final un matériau utilisable en construction, que vous avez pu fabriquer localement8, avec un coefficient d’isolation tout à fait satisfaisant au regard de l’aspect “fait maison” de la solution.

Futuriste : Le Aircrete et les dômes banchés

La combinaison des formes et des matériaux permet d’innover dans l’écoconstruction

Le aircrete est encore un béton, avec toutefois une particularité de taille. Il est additionné de mousse!

Ce que permet cela :

  • (+) plus isolant
  • (+) plus léger
  • (+) découpable à la scie manuelle
  • (+) aisé à mouler
  • (+) sensiblement plus économe en matériaux (20% d’air ajouté, selon le site précité)
  • (-) je suppose que la résistance mécanique est moindre

Les autres intérêts de cette méthode selon certains utilisateurs sont la possibilité de construire des maisons résistantes mécaniquement, résistantes au feu et aux insectes, mais malgré tout légère, sans autre matériau que le aircrete, dont la fabrication pourrait être assurée localement moyennant le matériel adapté.

Combiner forme et matériau

Ce que je trouve redoutablement intelligent dans un système comme le dôme en aircrete est la conjonction des avantages de la forme et du matériau :

  • La moindre résistance mécanique du aircrete est compensé par celle du dôme
  • La légèreté de l’ensemble est compensée par la fluidité avec laquelle le vent s’écoule sur une sphère
  • La complexité de construire un dôme peut-être compensée par la fabrication locale de panneaux pré-fabriqués (industrie à petite échelle)

S’inspirer de la nature sans renier la modernité, pour mieux construire

En conclusion, j’espère que aurez pris autant de plaisir à lire cet article que moi à l’écrire. En effet, il m’est passionnant de voir l’ingéniosité dont nous pouvons faire preuve pour économiser des matériaux tout en améliorant l’empreinte environnementale de nos constructions, sans compromettre par ailleurs confort et sécurité.

Inspirés par le passé et ayant à disposition certains outils modernes, nous pouvons tenter de trouver des compromis durables et adaptés à nos écosystèmes. Suivons les exemples que laissent certains pionniers derrières eux, et n’ayons pas peur d’innover, car la doxa et les règlementations freinent l’innovation écologique dans le domaine de la construction, je le crains.


A propos de la série #30JoursPourYPenser

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  1. ou tout autre matériau adapté à cette construction []
  2. le poids de cet ensemble devant être plus bas que dans une construction classique, les besoins en fondation s’en trouveraient eux-même amoindris. D’ailleurs, la petite kerterre présentée ici n’a pas de fondations. []
  3. http://graphics.stanford.edu/~munzner/dome/struts/ []
  4. Ce qui me vient néanmoins, c’est le caractère non-standard de l’aménagement intérieur (l’obligation de construire des meubles adaptés aux courbes par exemple []
  5. « Les Hommes des lacs : vivre à Chalain et à Clairvaux il y a 5 000 ans » [archive], Habitat préhistorique de Clairvaux, Jura, Ministère de la Culture, 8 avril 2004 (consulté le 11 mars 2018 []
  6. contenant idéalement un certain taux d’argile/limon/sable, mais c’est un autre sujet []
  7. dosages donnés à titre indicatif []
  8. même si chaux et ciment ne sont pas produits localement []
Améliorer l’efficacité au quotidien, avec le zonage – principe de permaculture

Améliorer l’efficacité au quotidien, avec le zonage – principe de permaculture

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#30JoursPourYPenser Numéro 22

Vous organisez certaines choses instinctivement pour améliorer votre efficacité. Un principe de la permaculture l’a bien compris : le zonage. Voyons ce qu’apporte cet outil.


Zonage : Division d’une mémoire informatique, d’une liste, etc., en zones contenant un ensemble homogène d’informations, selon divers critères.

Dictionnaire Larousse

Le zonage en permaculture est une manière d’anticiper la dépense de notre énergie dans le système que l’on conçoit. Ce principe part du constat que notre énergie est limitée, et dispersable1.

Schéma décrivant Le principe de zonage en permaculture
Le schéma ci-dessus décrit succinctement le concept

Ce qui est intéressant, c’est que ce principe coïncide avec une certaine logique du quotidien. En effet, il nous arrive de mettre près de nous ce qu’on utilise le plus, en rangeant nos outils, ustensiles, etc.

Ce principe est utilisé dans tout domaine où l’efficience est importante. A ce propos, je présente plus bas un outil issu du monde industriel et directement applicable dans la vie personnelle 2.

COMMENT APPLIQUER CE PRINCIPE

Donc, le zonage dit : pour chaque élément dans votre système, réfléchissez à son emplacement par rapport au centre et à l’énergie – la main d’œuvre – qu’il demande (pépinière et poulailler près de l’habitation, verger et zone sauvage au loin). Et différents paramètres peuvent aider à décider de la taille et de la nature des zones dans laquelle implanter vos éléments :

  • nombre d’utilisateurs
  • taille du projet et des éléments
  • nombre de visites nécessaires par jour, mois, année…
  • distance et paramètres de déplacement (chemins sinueux ou plein d’obstacle, etc)
  • etc.
Design appliqué à ma résidence

D’autres principes permaculturels ou outils sont complémentaires ou redondants à cette approche de zones selon moi, voici quelques liens si vous souhaitez une lecture plus approfondie:

EXEMPLES

DIFFÉRENT ZONAGES POSSIBLES AU MÊME MOMENT

  • Zonage général : prend en compte les déplacements de tous les habitants
  • Zonage personnel : prend en compte mon déplacement en tant que personne impliquée dans le projet (la seule chose dont je puisse être sûr est ma volonté d’investissement personnel !)
  • Zonage de potentiel collectif : Synthèse des activités et accès aux bâtiments, sous forme de zones touchant plus ou moins de personnes.

MÉTHODE 5S

“5S” est une méthode d’organisation, initialement proposée vers 1960 par l’entreprise Toyota, au Japon, dans le cadre de son système de production industriel.

5S désigne 5 mot japonais décrits ci-dessous:

Cela suit certains principes de la permaculture, bien que ces deux démarches soient indépendantes :

ZONE 00 : NOTRE ESPACE INTÉRIEUR

Notre espace intérieur (ou mental) peut être envisagé comme une zone 00, la zone la plus active et dense de notre vie.
Si je puis l’imaginer comme un espace, son agencement (ou design) se fait par l’observation intérieure – ou introspection.

Pour maintenir, faire évoluer notre vie mentale, nous utilisons des outils de deux catégories :

  • endogènes, inconscients et indirects : sport, lien social, lecture3
  • exogènes, conscients et directs : méditation, coaching, démarches d’organisations etc.4

Il y a un exemple que j’ai publié sur mon site personnel, dans le cadre d’un mémoire de permaculture appliquée. Je l’ai nommé le design de soi, et j’y décris un travail intérieur appuyé par des outils externes.

Peut-être vous demandez-vous pourquoi je consacre un paragraphe au sujet du développement personnel. J’ai choisis de le faire car l’effet de levier est un des principes de la Permaculture : obtenir le maximum de résultats avec un minimum d’efforts. Or, mettre sa vie pratique en accord avec soi-même me semble l’un des moyens les plus sûrs de déployer le maximum de nos capacités5.

UN PRINCIPE DU QUOTIDIEN POUR AMÉLIORER L’EFFICACITÉ

En conclusion, le principe de zonage en permaculture, que je trouve de bon sens, invite à anticiper à l’échelle d’un projet ce qu’on a tendance à faire instinctivement. Il s’agit d’économiser notre énergie en plaçant judicieusement les éléments, et en réfléchissant à l’aspect spatial de notre système. Je le trouve simple et rapide à mettre en œuvre, au regard de l’économie possible6. Vous avez peut-être des exemples tirés du quotidien à partager? Vous pouvez le faire en commentant cet article et en le partageant!


A propos de la série #30JoursPourYPenser

Pendant le confinement lié au Coronavirus : 30 jours, 30 articles, autour de la nature et de l’humain, pour comprendre et dessiner un monde durable et joyeux !

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  1. voire volatile []
  2. je m’amuse toujours de voir à quel point permaculture et industrie se ressemblent dans leur philosophie, mais pas dans leur application! []
  3. Je considère que c’est au moment où quelque chose émerge, comme un sentiment d’inadéquation – processus endogène – que l’on cherche à avoir recours à des outils pour nous aider – exogène []
  4. Les deux catégories se nourrissent mutuellement à mon sens []
  5. on peut voir donc le lien entre ce principe et le principe de zonage. L’écologie des principes de la Permaculture est un sujet passionnant qui mériterait d’ailleurs un certain approfondissement []
  6. c’est peut-être parce qu’on l’économise instinctivement que l’on a tendance à consommer autant d’énergie fossile quand elle est disponible? []

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