#30JoursPourYPenser Numéro 03

Bonjour et joyeux confinement à tous !

Il y a cette idée, expérimentalement démontrée, que nous communiquons à 90% par signaux non-verbaux, sans mots, sans phrases, rien.

Ça peut être les yeux, le froncement des sourcils, l’ouverture des membres, être avachi, etc…

Et tous ces signaux nous renseignent sur l’état des personnes avec qui l’on communique, de façon relativement fiable. Et c’est d’autant plus intéressant que ce sont souvent des réflexes, on en a donc pas conscience. D’ailleurs, les politiciens, personnes publiques etc. se forment à maîtriser cela, devant, je présume, dégager une certaine assurance, une certaine confiance lors de leurs apparitions.

S’ils le font, ce n’est pas un hasard ! mais en tout cas pour la majorité d’entre nous, ces cours ne sont pas accessibles, et nous continuons à être victimes de nos réflexes. Je dis « victime », tant que nous ne conscientisons pas l’intérêt de ces signaux ! Car si nous le faisons naturellement, c’est pour servir une fonction : se comprendre les uns les autres, au-delà des mots qui ne permettent que de préciser notre état et surtout, s’assurer que l’on se comprend pour de bon.

Donc, l’idée du présent article est de dire qu’avec cette conscience et connaissance des signaux non-verbaux on peut faire autre chose que manipuler. Car oui, décoder les autres peut aider à les manipuler, cela confère une forme d’ascendant psychologique, parce qu’on pourrait la comprendre presque mieux qu’elle-même à l’instant T.

Au lieu de ça, considérons l’intérêt évolutif de cette fonction, d’après moi : l’empathie et l’entraide. La culture dans laquelle je grandis (France, né en 1990), est peut-être un paramètre qui fait que globalement, dans mes relations, je vois parfois des personnes qui semblent ne pas vouloir dire directement ce qui leur passe par la tête et le cœur ; quelles sont leurs sentiments et besoins du moment.

Prendre conscience

Eh bien, prendre conscience de ce qui est caché (non-verbal), requiert une attention, c’est déjà une première certitude. Je pense qu’on ne peut espérer un résultat satisfaisant dans une relation, si l’on n’y porte pas attention au présent, pour comprendre ce qui est vivant pour l’autre et pour soi. D’ailleurs, il y a un prérequis à ce dont je parle : considérer qu’une communication entre deux personnes intervient nécessairement pour répondre à des besoins.  Je crois donc qu’un humain dont les besoins sont comblés n’a pas grande raison de communiquer à ce moment-là.

Du coup, partant de ce constat, l’idée principale est de garder conscience du langage non verbale, pour tenter de se comprendre, et de satisfaire mutuellement nos besoins. Pourquoi serions-nous une espèce sociale sinon ?

Un exemple : le besoin de considération.

Vous parlez à votre interlocuteur d’un sujet, d’une idée, et cette personne fait mine «cause toujours tu m’intéresse ». Parce que, potentiellement, elle a proposé auparavant (des jours, des mois, voire plus selon le passif avec cette personne) une idée, que vous avez réfuter rationnellement. Vous aviez toutes les raisons de penser que c’était une mauvaise idée, très bien. Bon, déjà, il faut se dire que c’est une opinion personnelle et pas une observation objective. A ce moment-là, il n’est pas impossible que la personne se sente frustrée, voire blessée, parce que son besoin d’être considérée n’est pas satisfait ; quel que soit le « bon » choix rationnel, car pour le cœur, aucun choix n’est bon ou mauvais. C’est Rumi qui disait : « par-delà le bien et le mal il y a un champs » ; eh bien c’est par-delà le champ que se situe le cœur d’une communication authentique !

C’est maintenant donc que les signaux non-verbaux les plus critiques vont se manifester : lever les épaules, froncer les sourcils, regarder sur le côté en baissant les yeux, toute chose qui peut faire penser que la personne se renferme. Faites-vous confiance, vous êtes instinctivement équipé pour comprendre la personne !

Qu’est-ce qu’on peut faire dans ce cas-là ?

Commencer par se demander si l’on est bien intentionné et si l’on souhaite le bien commun à ce moment-là. Ensuite, rester dans l’attention du moment, et aider la personne à mettre en mot ce qui lui traverse le cœur et l’esprit à ce moment-là. C’est peut-être ça, la beauté de nos mots, un guide pour aller explorer la vérité de nos besoins. Et le mieux, pour rester positif, c’est que nos corps s’expriment sans qu’on le veuille, comme si un décideur intérieur disait : « tes besoins existent et ont de la valeur, aide les autres à t’aider, pour les satisfaire ». Je crois donc que l’un des plus beaux outils que l’on a à disposition en tant qu’humain, c’est cette possibilité d’expression et d’écoute instinctive qui nous permet de nous comprendre pour améliorer la qualité de vie de tous.

Alors observez et interagissez, comme l’un des principes de permaculture le suggère : « tiens, je constate que tu as levé les yeux au ciel quand je t’ai parlé de ce que j’voulais faire cette aprèm ; j’ai l’impression que tu te sens contrarié, est-ce le cas ? » Invitez la personne à formuler ses besoins en prenant conscience du sentiment présent. C’est quelque chose qui aide à comprendre la personne mais aussi à se comprendre. Il est important de savoir que notre cerveau traite l’immense majorité des informations de manière inconsciente, et savoir où nous en sommes de nos sentiments et de nos besoins rentre dans cette catégorie de données inconsciente ; c’est notre mode d’économie d’énergie en quelque sorte. Et forcément, ça peut nous mener la vie dure. Certes, on survit grâce à ça, sinon on s’épuiserait à traiter toutes les informations qui nous viennent. Mais par ailleurs, la conscience est là pour traiter les choses importantes, et quoi de plus important que nos besoins ?

Les télécommunications qui coupent de la vie

Les SMS, une technologie très utilisée

Près de 180 milliards de SMS sont été envoyés en France chaque année selon l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications électroniques et des Postes). Soit plus de 5400 par seconde, pratiquement 40 milliards depuis le début de l’année 2020. Quand quelque chose est tant utilisé, c’est pour ses avantages, bien entendu. Mais que perd-on ? Côté SMS, le caractère complet d’une communication, car on ne fait plus qu’échanger des informations, plutôt que des attitudes, des sentiments, des besoins. OK, je vous l’accorde, on peut très bien échanger tout cela par SMS, mais cela sera très principalement intellectuel, et amputera une partie de nos sens, ces capteurs naturels à comprendre notre environnement. Nous gagnons l’efficacité mais perdons une partie de notre entièreté…

Pour imager mon raisonnement, pensez à un voyageur : il commence par regarder sur une mappemonde, puis à l’aide de photos, une destination qui lui plairait. Il fait des recherches sur le net, des photos, pourquoi pas des vidéos. « Superbe ! J’ai grave envie d’y aller », se dit-il. Mais tant qu’il n’y est pas allé, il ne peut avoir vécu et compris pleinement la réalité du lieu visité. Et encore, même sur place il y a des manières plus ou moins complètes de voyager, et un français voyageant en chine ne sera jamais plus chinois que les chinois ! Nos communications ont un caractère sensible, à vivre par le biais de tous nos sens. Les télécommunications sont aux relations humaines ce que la théorie est à la pratique. On pourrait lire tous les livres du monde sans comprendre pleinement le réel.

Les appels téléphoniques, pour leurs parts, sont sensiblement plus complets : contrairement aux sms et autres messageries, on a la voix de la personne, ce qui est déjà infiniment plus enrichissant pour la compréhension mutuelle.

On ne parlera même pas ici de l’enjeu écologique des télécommunications ; quand je constate qu’un téléphone fixe d’il y a 10 ans pouvait fonctionner sans courant électrique autre que la prise téléphonique, avec une durée de vie de plusieurs décennies !

Une invitation à faire la part des choses

Bien entendu, je ne rejette pas ces technologies. Rien n’est fondamentalement bon ou mauvais, c’est l’utilisation que nous en faisons qui compte. Pour faire un parallèle, de même que la voiture a permis de découvrir plus facilement des territoires lointains, de déménager où l’on veut tout en étant relativement proche de nos familles, etc. ; eh bien tout ça s’est accompagné d’une importante extraction de ressources et aussi de pollution, et l’on sait bien qu’aujourd’hui un système basé sur la voiture pour chacun n’est pas un modèle soutenable.

Revenons aux télécommunications : on peut les considérer comme une voiture ; elles sont formidables si utilisées à bon escient. En ce temps de confinement, quel bienfait de pouvoir prendre des nouvelles des êtres chers mais lointains. Quelle merveille aussi de pouvoir rencontrer virtuellement des personnes sur la base de valeurs communes, pour impulser de réelles rencontres. Mais comme voyager en voiture ne permet pas de clairement lire un paysage, passer notre temps au téléphone nous coupe d’une santé de l’esprit, par la compréhension authentique de ce qu’est l’autre. Rencontrer l’autre pour discuter, c’est comme faire du vélo : un peu fatiguant selon le chemin à emprunter, pas toujours rapide, mais ça entretient notre santé !

Toutes ces images m’aident à vous inviter à maximiser les interactions réelles avec vos semblables, à tenter de ne pas vous défiler face à une conversation que vous saurez douloureuse, même si c’est très facile à dire.

En conclusion

A la longue de mon chemin à travers la permaculture, aussi bien agricole qu’humaine, j’ai forgé l’opinion solide que c’est en communiquant avec le cœur que nous pourrons rebâtir des communautés saines, qui partagent équitablement au mieux. Alors, tentons chaque jour de nous mettre à la place des autres, de les comprendre, de se relier à eux ; car comme disait Marshall Rosenberg, père de la Communication Non-violente : « connect before correct », autrement dit : « relier avant d’aider ».

A propos de la série #30JoursPourYPenser

Pendant le confinement lié au Coronavirus : 30 jours, 30 articles, autours de la nature et de l’humain, pour comprendre et dessiner un monde durable et joyeux !

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