#30JoursPourYPenser Numéro 23

Faut-il construire des maisons rondes ou carrés? Peut-on encore inventer des matériaux ? Voici des pistes d’écoconstruction inspirées par la nature.


Chaque forme dans la nature a une fonction précise. En permaculture, nous gardons cette notion de motifs – ou ” patterns ” à l’esprit. En s’inspirant des fonctions de ces formes, nous pouvons concevoir des solutions plus efficaces, notamment dans le domaine de la construction.

Ici, nous allons effleurer deux sujets :

  • méthodes de construction
  • matériaux écologiques

La forme : Construire rond ou construire carré? (Kerterre et dômes géodésiques)

Les Kerterres sont des dômes sculptés à la main, avec un mélange chaux/chanvre. Les dômes géodésiques, eux, sont des assemblages de morceaux identiques de bois, métal, et verre1.

Les points très intéressant que je retiens de ces constructions (comparativement à une construction carré) sont :

  • résistance mécanique et au vent : le vent “glisse” autours de la sphère, au contraire d’un mur plat; la charge est équitablement répartie sur chaque point de la sphère (forme auto-porteuse)
  • coût de charpente/toiture/fondation plus bas : déjà parce que la forme elle-même apporte une meilleure résistance, mais aussi parce que pour la kerterre, charpente/toiture/isolation forment un seul et même ensemble2
  • dans le cas de la serre : meilleure répartition de l’énergie solaire reçue sur une journée (bioclimatisme) ➡ évite les surchauffes de milieu de journée.

Détail d’assemblage possible d’un dôme géodésique3

Tout ça ne veut pas dire que ces formes constructives sont dénuées d’inconvénients, et je laisse le lecteur explorer l’idée4. Par ailleurs, ces constructions ne sont pas forcément plus simples à construire, ce serait simpliste de le dire.

Néanmoins, il me parait plausible qu’excepté l’apprentissage technique, ces constructions sont plus rapides et moins coûteuses à réaliser qu’une construction classique, pour une durabilité au moins identique.


Matériaux naturels d’hier et de demain

Ici je vais parler de matériaux composites. En effet, mélanger deux matériaux aux propriétés différentes est une technique de longue date5 ayant permis aux humains de bâtir des abris aux propriétés mécaniques ou isolantes satisfaisantes pour l’époque. Personne dans l’histoire n’a attendu l’avènement du pétrole pour éviter de mourir de froid!

Bref, je vais vous présenter quelques matériaux/techniques en partant du plus traditionnel au plus moderne

Traditionnel : Le torchis

des bénévoles de coopere 34 remplissent le mur

Cette technique consiste à mélanger de la terre6 à de la fibre végétale (et parfois des adjuvants comme de la chaux ou de bouse de vache, pour améliorer certaines caractéristiques). Nous avons utilisé cette technique pour la serre du jardin d’Eric.

Note : une personne de confiance très au fait de la construction du bâti ancien m’a rapporté certaines choses qu’il est essentiel de garder à l’esprit pour une construction torchis, et que nous n’avons pas respecté dans notre expérimentation.

Le torchis avec une armature métallique! pas très écolo à mon sens. De plus l’armature par temps chaud dilate et par temps froid contracte, elle fait donc craqueler le torchis…C’est pourquoi il est préférable de respecter certaines règles de la construction du bâti ancien, à savoir la réalisation d’une ossature en bois, un soubassement en pierre qui évite les remontées capillaires et une avancée de toiture pour protéger les façades exposées à la pluie. Je reste à ta disposition pour échanger!

J’y trouve les avantages/inconvénients suivants, entre autre :

  • (+) matériaux naturel, accessible localement et sans industrie (pour faire plus écologique, je ne vois rien d’autre que ne pas construire de maison!)
  • (+) facilité de mise en œuvre, savoir accessible au plus grand nombre pour créer une autonomie des savoirs
  • (+) caractéristiques d’isolation relativement intéressantes, au regard de la simplicité de mise en œuvre
  • (+) esthétique d’une maison conventionnel si on le souhaite
  • (-) très coûteux en main d’œuvre
  • (-) difficile (impossible?) de trouver des artisans à coût égal à des techniques plus conventionnelles

Ainsi, de nombreux chantiers participatifs sont proposés pour minorer les inconvénients et profiter encore plus des avantages.

Moderne : Le liant-papier

Abordons un matériau plus récent, mais néanmoins assez conventionnel à utiliser : le liant-papier.

Imaginez un parpaing constitué de 60% de papier, et vous avez compris le principe du liant-papier. Pour en obtenir 100 kg, comptez 60 kg de papier recyclé, 30 kg de chaux hydraulique et 10 litres d’eau7.

Ces avantages et inconvénients sont (entre autres) :

  • (+) plus écologique qu’un parpaing classique
  • (+) plus isolant
  • (+) plus léger
  • (+) possible de fabriquer soi-même moyennant temps et outillage (bétonnière ou mélangeur)
  • (-) caractéristiques mécaniques moindres – par rapport au parpaing classique ou à la brique
  • (-) risques vis-à-vis des assurances : Il n’existe pas de référence technique ou d’instruction issues des organismes de contrôle ou d’identification dans les documents unifiés

Vous auriez au final un matériau utilisable en construction, que vous avez pu fabriquer localement8, avec un coefficient d’isolation tout à fait satisfaisant au regard de l’aspect “fait maison” de la solution.

A lire aussi :  Le pourpier

Futuriste : Le Aircrete et les dômes banchés

La combinaison des formes et des matériaux permet d’innover dans l’écoconstruction

Le aircrete est encore un béton, avec toutefois une particularité de taille. Il est additionné de mousse!

Ce que permet cela :

  • (+) plus isolant
  • (+) plus léger
  • (+) découpable à la scie manuelle
  • (+) aisé à mouler
  • (+) sensiblement plus économe en matériaux (20% d’air ajouté, selon le site précité)
  • (-) je suppose que la résistance mécanique est moindre

Les autres intérêts de cette méthode selon certains utilisateurs sont la possibilité de construire des maisons résistantes mécaniquement, résistantes au feu et aux insectes, mais malgré tout légère, sans autre matériau que le aircrete, dont la fabrication pourrait être assurée localement moyennant le matériel adapté.

Combiner forme et matériau

Ce que je trouve redoutablement intelligent dans un système comme le dôme en aircrete est la conjonction des avantages de la forme et du matériau :

  • La moindre résistance mécanique du aircrete est compensé par celle du dôme
  • La légèreté de l’ensemble est compensée par la fluidité avec laquelle le vent s’écoule sur une sphère
  • La complexité de construire un dôme peut-être compensée par la fabrication locale de panneaux pré-fabriqués (industrie à petite échelle)

S’inspirer de la nature sans renier la modernité, pour mieux construire

En conclusion, j’espère que aurez pris autant de plaisir à lire cet article que moi à l’écrire. En effet, il m’est passionnant de voir l’ingéniosité dont nous pouvons faire preuve pour économiser des matériaux tout en améliorant l’empreinte environnementale de nos constructions, sans compromettre par ailleurs confort et sécurité.

Inspirés par le passé et ayant à disposition certains outils modernes, nous pouvons tenter de trouver des compromis durables et adaptés à nos écosystèmes. Suivons les exemples que laissent certains pionniers derrières eux, et n’ayons pas peur d’innover, car la doxa et les règlementations freinent l’innovation écologique dans le domaine de la construction, je le crains.


A propos de la série #30JoursPourYPenser

Pendant le confinement lié au Coronavirus : 30 jours, 30 articles, autour de la nature et de l’humain, pour comprendre et dessiner un monde durable et joyeux !

Nous suivre

  1. ou tout autre matériau adapté à cette construction []
  2. le poids de cet ensemble devant être plus bas que dans une construction classique, les besoins en fondation s’en trouveraient eux-même amoindris. D’ailleurs, la petite kerterre présentée ici n’a pas de fondations. []
  3. http://graphics.stanford.edu/~munzner/dome/struts/ []
  4. Ce qui me vient néanmoins, c’est le caractère non-standard de l’aménagement intérieur (l’obligation de construire des meubles adaptés aux courbes par exemple []
  5. « Les Hommes des lacs : vivre à Chalain et à Clairvaux il y a 5 000 ans » [archive], Habitat préhistorique de Clairvaux, Jura, Ministère de la Culture, 8 avril 2004 (consulté le 11 mars 2018 []
  6. contenant idéalement un certain taux d’argile/limon/sable, mais c’est un autre sujet []
  7. dosages donnés à titre indicatif []
  8. même si chaux et ciment ne sont pas produits localement []

Pin It on Pinterest

Partager cet article

Partager cet article sur vos réseaux.